Célia Féry est Responsable Environnement chez Oxan Energy et a passé dix ans à étudier et contribuer à la protection des océans. A l’occasion de la Journée Mondiale des Océans, qui se tient chaque année le 8 juin, Célia nous explique pourquoi elle a décidé de rejoindre un développeur éolien en mer et en quoi ce choix s’inscrit dans la continuité de son engagement pour la biodiversité marine :
Du terrain à la conception des projets
« Je suis écologue marine, formée entre l’Université de La Rochelle et l’Université de Montpellier en biologie et écologie marines, ingénierie écologique et gestion de la biodiversité. J’ai passé des années sur le terrain : protection de la faune et de la flore méditerranéennes, cartographie d’herbiers marins, étude des interactions entre oiseaux marins et pêcheries dans le golfe de Gascogne, et enjeux de l’économie bleue à Saint-Martin.
Dix ans de travail varié, ancré dans le réel, qui m’ont appris une chose avant tout : comprendre le problème n’est pas la même chose que le résoudre.
La science de l’environnement, d’après mon expérience, fonctionne trop souvent en silos. Les chercheurs observent. Les ONG alertent. L’industrie construit. Chacun dans sa file, rarement ensemble.
J’en ai eu assez de la distance entre étudier le problème et pouvoir agir dessus. Alors j’ai franchi la ligne. Délibérément. »
Il parait que j’aurais rejoint « l’autre camp »
« Quand j’ai commencé à travailler dans le secteur des énergies renouvelables en 2023, certains anciens collègues ont fait la moue. Je comprenais leur hésitation parce que j’avais eu la même.
Car en effet, dans les milieux de la science environnementale, c’est assez répandu de penser que « soit on protège la nature, soit on construit des choses mais les deux sont incompatibles ». Alors si vous partez travailler pour un développeur, c’est que vous avez choisi le mauvais camp.
Je suis convaincue du contraire
L’endroit le plus puissant pour protéger le milieu marin n’est pas toujours dans un laboratoire ou sur une initiative de terrain. C’est parfois dès la conception, là où se prennent les vraies décisions sur ce qui sera construit, où, et comment les éoliennes seront implantées. Si vous n’êtes pas dans LA salle où se conçoivent les projets et où se prennent les décisions, alors votre contribution arrive trop tard. »
Toujours concevoir en accord avec l’océan
« Chez Oxan Energy, la protection de l’environnement n’est pas une strate de conformité ajoutée en fin de processus d’ingénierie. C’est un paramètre fondateur, que l’on intègre dès le départ dans tous les projets que nous développons.
Cela signifie que nous associons toutes les parties prenantes concernées dès le commencement d’un projet. C’est essentiel d’intégrer leurs perspectives dans le processus, mais aussi de mener des études environnementales les plus complètes possible avant que les décisions clés de conception soient prises, et non après.
Cela signifie mettre en œuvre la séquence ERC (Éviter, Réduire, Compenser) non comme une formalité réglementaire, mais comme un véritable filtre de conception. Cela signifie que, du fait de ma fonction, je suis présente quand les équipes techniques prennent des décisions sur les types de fondations, le positionnement des éoliennes, les calendriers de travaux. Et nos équipes travaillent ensemble sur les mesures de mitigation intégrables à la conception du projet.
Chez nous, la gestion environnementale n’est pas un projet parallèle greffé au travail réel. C’est un élément structurant de chaque projet que nous développons.
D’ailleurs, je peux dire qu’au sein de l’entreprise, nous construisons de véritables réflexes environnementaux. On est sur un changement culturel réel, et ce n’est pas qu’un « exercice de communication ». Voici ce que j’ai appris : plus tôt on intègre la réflexion environnementale, plus on lève les contraintes efficacement. Ça paraît simple, mais c’est en réalité rarement mis en pratique. »
L’éolien en mer en symbiose avec l’océan
« Un parc éolien implanté sur fond rocheux doit prendre en compte une mosaïque d’écosystèmes marins (algues, invertébrés, espèces associées aux récifs) dont les rôles écologiques varient selon le site, la profondeur et la géographie. Ces communautés ne sont pas toutes également sensibles, mais aucun n’est indifférente aux perturbations. Par conséquent, et c’est là notre rôle, la réponse (évitement, réduction ou compensation) doit être calibrée à ce qui existe réellement, pas juste apposée comme un modèle générique.
Sur les fonds sableux, le défi est autre : les poissons s’enfouissent dans le sédiment ; les herbiers marins, qui abritent de multiples espèces, produisent de l’oxygène, séquestrent du carbone et servent de nurserie aux juvéniles, à une échelle que nous sommes encore en train d’apprendre à mesurer.
Et puis il y a le son. En phase de construction, le battage de pieux génère des impacts acoustiques pouvant être préjudiciables aux mammifères marins : désorientation, perte auditive, migration forcée loin des zones d’alimentation et de reproduction. Y faire face exige un suivi en temps réel, des protocoles adaptatifs et un véritable engagement à minimiser l’exposition sonore à chaque phase. Les technologies existent : leur usage n’est pas une option, en tous les cas, pas chez nous.
Notre responsabilité s’étend de la toute première étude environnementale au plan de démantèlement que nous rédigeons aujourd’hui, pour des structures qui seront retirées dans 30 à 40 ans. C’est ça, l’anticipation concrète. »
Quand les éoliennes participent à construire des écosystèmes
« Les fondations d’éoliennes en mer peuvent, dans les bonnes conditions, devenir des structures récifales. Ce que je dis là n’est pas une métaphore. C’est de l’ingénierie, ce que le secteur appelle le « Nature Inclusive Design » (NID).
Le principe est simple : toute structure immergée finit par être colonisée. Sous l’eau, la vie trouve toujours une prise. La question est de savoir si ce processus est laissé au hasard ou délibérément conçu. Autour des fondations, le long des câbles, à chaque point de contact entre l’infrastructure et les fonds marins, il existe de formidables opportunités de transformer une emprise inévitable en habitat pour les différents écosystèmes.
Bonne nouvelle : cette approche est en train de gagner du terrain. Des entreprises développent aujourd’hui des solutions conçues pour protéger et stabiliser les actifs sous-marins tout en créant un bénéfice mesurable pour la biodiversité : structures récifales artificielles intégrées aux bases des éoliennes, systèmes de protection de câbles conçus pour attirer la vie marine. Le même phénomène qui fait des épaves des hotspots extraordinaires de biodiversité, appliqué de façon intentionnelle.
Cela dit, le Nature Inclusive Design (NiD) reste encore à la marge des pratiques courantes. Nous allons dans la bonne direction, mais nous n’y sommes pas encore.
Quant à la pêche, notez qu’un parc éolien en mer ne l’exclut pas automatiquement. Un site bien conçu, où le NiD a contribué à créer des habitats productifs, peut favoriser la coactivité avec les pêcheurs plutôt que qu’ils aient à se déplacer.
Quand il s’implante dans les bonnes conditions, un parc éolien en mer est donc compatible avec la biodiversité marine, et il peut même activement la soutenir.
C’est le résultat d’une conception en symbiose avec l’océan, et jamais en opposition, ce qui apporte de la nuance au sujet. »
Des eaux partagées, une responsabilité partagée
« Le thème des Nations Unies pour 2026 est « L’eau comme ressource partagée : égalité des droits et des accès ». Cette formule touche directement à ce que nous faisons.
L’océan n’appartient pas à l’industrie énergétique. Il appartient à chaque être vivant qui en dépend, y compris les espèces qui n’ont de siège à aucune table décisionnaire, qu’on n’entend jamais. Notre responsabilité en tant que développeur offshore est de porter cette vérité dans chaque décision que nous prenons.
La transition énergétique n’a aucun sens si nous échangeons une forme de destruction environnementale contre une autre. Chez Oxan Energy, cette conviction façonne notre façon de travailler, non comme une posture de communication, mais comme une réalité opérationnelle. Investir dans un poste dédié de Responsable Environnement, avec pour mission d’intégrer la réflexion écologique dès les premières étapes du développement de projet, en est une expression concrète. »
Un mot pour les écologues qui lisent ceci
« Si vous avez été formé en écologie marine et n’avez jamais envisagé de travailler pour un développeur d’énergies marines : je comprends l’hésitation. Je l’ai eue aussi.
Ce que je vous dirais : la complexité de ce qu’on nous demande de résoudre ici est extraordinaire. Vous ne travaillerez jamais de façon isolée. Vous interagirez simultanément des équipes d’ingénierie, des équipes juridiques, des collectivités locales, des communautés de pêcheurs et des parties prenantes internationales. Vous serez poussé(e) à passer de l’observation à la résolution, de l’étude à la mise en œuvre. Votre autonomie sera réelle et votre responsabilité sera grande.
Vos convictions écologiques ne seront pas diluées. Au contraire : elles seront mises à l’épreuve et aiguisées.
Venez là où les décisions se prennent »
